Entretien avec Constantin Lazaris (1/3)

Dernière mise à jour : févr. 23

Bonjour !


Nous avons réalisé un long entretien à bâtons rompus avec Constantin Lazaris, l'auteur de Vers la fondation, que vous pouvez retrouver dans notre boutique. Il nous explique son cheminement et comment il est arrivé à la définition de son concept de fondation.




Entretien avec Constantin Lazaris (1/3)



Cosaque : Bonjour Constantin. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Constantin Lazaris : Bonjour les Cosaques ! J’ai 32 ans et je suis géographe de formation. J’ai toujours été passionné par l’organisation du monde, des paysages, des établissements humains… La géographie nous apprend beaucoup et nous permet d’aborder les problèmes sous un angle différent de celui de l’économie ou du politique, auquel nous sommes plus habitués.

Cosaque : Sujets passionnants en effet. Vers la fondation, votre livre sur les bases de survie est également un livre de géographie, d’une certaine manière. Mais expliquez-nous d’abord comment vous vous êtes intéressé à ce sujet.

Constantin Lazaris : Comme beaucoup de personnes, je constate que depuis un certain nombre d’années, les sociétés industrielles (ou post-industrielles) des pays occidentaux sont prises dans une spirale de crises dont on voit mal comment elles vont pouvoir sortir. Les crises économique, écologique, de la dette… dessinent une situation très dangereuse. Un effondrement, rapide ou progressif, n'est pas à exclure.

D’un point de vue qui m’est plus personnel, j’identifie également une crise de l’occupation de l’espace et du rapport au monde. Nous sommes de plus en plus nombreux et nous occupons la planète sans vraiment penser que la façon dont on l’aménage nous définit nous-mêmes. En France, par exemple, on considère l’espace comme s’il était infini et on construit des zones d’activités, des secteurs pavillonnaires ou mêmes des maisons individuelles éparpillées sans vue d’ensemble. On s’étonne de fermer des classes dans nos villages et de ne plus pouvoir y installer de boulangerie, mais on continue à construire des pavillons au milieu des champs. Une occupation plus resserrée permettrait pourtant de continuer à faire vivre les villages plutôt que de favoriser un isolement des personnes et de provoquer la destruction des terroirs et des paysages, ainsi que l’étalement urbain et l’artificialisation des sols.

Cosaque : C’est ce que vous appelez le « système de l’insécurité » ?

Constantin Lazaris : Absolument. Le système de l’insécurité, c’est le fait que ces crises et cette organisation de la société et de l’espace empêchent de se projeter dans un avenir personnel stable et poussent à une standardisation des modes de vie. Les individus sont non seulement limités dans leur liberté par ces crises, mais en plus sont coincés dans un rapport au monde déprimant. La beauté de la planète, des paysages est de plus en plus menacée. Le seul environnement que nous connaissons désormais est grignoté par des logiques productivistes et consuméristes. Dès lors, l’individu est réduit à ces logiques. Il devient lui-même un produit standardisé dans une vaste banlieue sans âme ni culture.

Cosaque : Vous vous êtes donc demandé comment échapper à cette mécanique et comment retrouver un rapport au monde moins désespérant ?

Constantin Lazaris : Oui. C’est comme cela que je suis venu à réfléchir à la question de l’autonomie. Puisque la société génère une insécurité structurelle et un rapport au monde déshumanisant, il faut trouver un moyen de s’en extraire suffisamment pour assurer notre propre sécurité et définir notre propre rapport au monde. C’est en effet l’autonomie.

Cosaque : La réponse aux risques par la recherche de l’autonomie. C’est un sujet très actuel, quel que soit le nom qu’on lui donne : résilience, auto-suffisance, survivalisme…

Constantin Lazaris : Tout à fait. J’ai donc eu de nombreuses possibilités de lecture et j’y ai trouvé des choses très intéressantes. Je distinguerais deux « courants » principaux.

Le premier est un courant d’inspiration écologique qui veut définir un rapport au monde moins polluant, moins prédateur. Il insiste sur l’autonomie par rapport au capitalisme marchand, sur les circuits courts, l’entraide et la solidarité locale, une agriculture de subsistance… Il y a beaucoup de choses intéressantes, mais je trouve qu’il repose sur une forme de naïveté et d’irénisme qui me laisse plutôt dubitatif. Je ne suis pas du tout convaincu par leurs modèles communalistes et leur démocratie à basse technologie. Dans une situation de crise aiguë, qui n’est pas à exclure, ils seraient balayés par les premières personnes mal attentionnées rencontrées.

Cosaque : Vous ne vous retrouvez pas complètement dans le second courant non plus ?

Constantin Lazaris : Non, en effet. Le second courant est d’inspiration plus sécuritaire. Il constate les crises que nous traversons et en conclut qu’il existe à court terme la possibilité d’un effondrement de la société, qui s’affaissera dans une forme d’anarchie, où l’autonomie sera donc une condition sine qua non de la survie. Ce courant est celui du « survivalisme ». C’est un courant plus dur, moins bienveillant, si l’on veut.

Je pense cependant que ce courant est trop obnubilé par l’idée d’une survie solitaire reposant sur des techniques et sur un combat permanent. Cela impose que chaque personne soit un expert dans plusieurs domaines (combat, agriculture, mécanique, médecine…), ce qui me semble complètement irréaliste. Le modèle de la base autonome durable, qui serait l’établissement de survie mis en place, me semble peu réaliste également, justement parce qu’elle serait un concentré individuel de toutes ces expertises qu’il ne me semble pas possible de rassembler en une seule personne.

Cosaque : En conséquence, vous proposez un autre modèle d’établissement pour se préparer à l’effondrement ou pour retrouver une autonomie ? C’est ce modèle que vous appelez la fondation ?

Constantin Lazaris : Oui ! La fondation est la tentative d’atteindre l’autonomie en évitant les écueils de la communauté bien intentionnée mais peu organisée d’une part, et du solitaire multi-spécialiste (donc multi-amateur) d’autre part. De plus, la fondation est également une réflexion sur la géographie, les contraintes qu’elle nous impose et les façons dont nous pouvons en tirer partie. Il n’est pas suffisant de parler d’autonomie ou de survie avec comme seule idée la recherche d’un lieu le plus éloigné possible des villes. De nombreux autres facteurs entrent en considération.






À suivre.




Photographies par Les Images d'Aurélie