Entretien avec Constantin Lazaris (2/3)


Bonjour !


Nous avons réalisé un long entretien à bâtons rompus avec Constantin Lazaris, l'auteur de Vers la fondation, que vous pouvez retrouver dans notre boutique. Il nous explique son cheminement et comment il est arrivé à la définition de son concept de fondation.





Entretien avec Constantin Lazaris (2/3)



Cosaque : Dans quelle mesure pensez-vous que la géographie doive entrer en considération dans ce sujet ?

Constantin Lazaris : La majorité des réflexions et des tentatives de bases autonomes durables se concentrent autour de représentations très locales. Dans la mesure où les implantations sont pensées comme autonomes, leur modèle pourrait théoriquement se placer n’importe où. Les seules aménités qui sont exigées sont celles qui permettraient cette autonomie : l’eau, des ressources à proximité, un sol fertile…

Je pense, au contraire, qu’il importe d’avoir une réflexion qui soit proprement géographique, c’est à dire qui considère la base non seulement en elle-même, mais aussi en fonction des réseaux dans lesquels elle s’insère, des flux qui parcourent ces réseaux, des pôles qui l’environnent… Il n’est pas possible de faire l’économie de cette analyse, dans la mesure où les bases ne sont pas des abstractions, mais des objets localisés spatialement.



Cosaque : De plus, les fondations ne sont pas isolées les unes des autres ?

Constantin Lazaris : Absolument. Je pense que les fondations doivent s’organiser en réseaux, en fédération d’unités spécialisées, pour plus d’efficacité. La géographie des échanges, des déplacements joue donc un rôle fondamental dans leur organisation.

Cela signifie que les projets de fondations doivent être pensés non seulement en fonction des caractéristiques de l’environnement immédiat mais également en fonction de leur situation par rapport aux autres fondations partenaires.

Enfin, l’analyse plus large, au niveau régional, permettra de réfléchir aux emplacements préférentiels par rapport aux polarités urbaines et aux grands axes de déplacements.

Cosaque : À cet égard, vous préconisez une approche originale.

Constantin Lazaris : Oui. Les autonomistes considèrent que leurs établissements doivent être aussi éloignés que possible des centres urbains, parce que la densité humaine augmenterait le risque de mauvaises rencontres. C’est par exemple la position de Piero San Giorgio dans Survivre à l’effondrement.

Pour ma part, je pense au contraire que la proximité relative des centres urbains ou des axes de transport est bénéfique. Il me semble en effet que si l’État devait fonctionner moins efficacement, alors il continuera à contrôler les métropoles, qui sont les sièges de son pouvoir et de ses administrations. Les axes qui les relient seront donc toujours protégés par ce qu’il restera de puissance publique. En conséquence, leurs abords seront des secteurs relativement plus sûrs que les zones plus reculées où il n’aura plus les moyens d’intervenir.


Cosaque : Vous préconisez donc une autonomie par rapport à l’État, mais de continuer à profiter du déploiement de sa puissance et de ses capacités de protection. N’est-ce pas contradictoire ?

Constantin Lazaris : Il ne me semble pas que ce soit contradictoire, non. La fondation est une réponse à l’incapacité croissante de l’État d’assurer la sécurité sur le territoire dont il a la charge. Il ne s’agit pas d’une opposition à l’État en tant que concept. Dès lors, il n’y a pas de contradiction à prévoir de continuer à vivre avec l’État tant que cela demeure possible. Par ailleurs, la présence d’un réseau structuré et autonome, capable de subvenir à ses propres besoins, sans être un agent de déséquilibre ou de violence pour les autres, constitue plutôt une aide pour un État fragilisé. Il s’agit donc plutôt d’une symbiose, d’une répartition réactualisée des fonctions.





À suivre.






Photographies par Les Images d'Aurélie